Le Camerounais le plus pauvre de Chine

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Originaire du Cameroun, Yannick Bouli, 24 ans, a terminé deuxième de son pays au concours « Chinese Bridge » qui récompense les étrangers de moins de trente ans apprenant le mandarin. C’est ainsi qu’il a obtenu son ticket pour Pékin, un séjour de deux semaines tous frais payés par Hanban, l’organisme qui chapeaute les Instituts Confucius à travers le monde. Très pauvre, il vit dans un petit village isolé du côté d’Obala au Cameroun. Frisant les deux mètres de haut, Yannick a débarqué en Chine avec rien d’autre que son passeport et sept euros en poche. Cet argent devait lui servir à payer le billet du bus qui le ramènerait à son village. Grâce à son tempérament ouvert et généreux, Yannick a gagné l’estime de tout le personnel hôtelier chinois. Il s’est ainsi vu offrir une multitude de cadeaux comme du matériel de calligraphie, un téléphone portable et même de l’argent comptant. Je ne pouvais quitter le territoire chinois sans l’interviewer.

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Newton : Peux-tu brièvement nous dire ce qui nous vaut ta présence en Chine aujourd’hui ?
Yannick Bouli : Tu sais, dans mon pays, le Cameroun, il y a eu la colonisation. Des français sont venus, des allemands, des espagnols et des anglais. Après l’indépendance, nous avons adopté des règles spécifiques par rapport à l’enseignement. Lorsque tu arrives en classe de quatrième, tu a le choix entre l’espagnol et l’allemand. Pour ma part, j’avais choisi l’allemand que j’ai suivi jusqu’en terminale. Puis j’ai étudié le droit à l’université pendant trois ans. Le problème, c’est que dans mon pays, tout le monde fait le droit. Il est donc peu aisé de trouver un boulot à la sortie.

N. : L’apprentissage du chinois se présentait donc comme une bonne opportunité pour se démarquer.
Y.B. : Étonnamment, lorsqu’une chose comme le chinois se présente à nous, beaucoup de personnes de mon pays y sont réticentes. Parce que chez nous, on dit que les Chinois apportent des produits de moindre qualité, qui se gâtent vite. Tout ce qui vient de Chine, les gens appellent cela des « chinoiseries » et s’y intéressent peu. J’ai donc pensé à ma manière. J’ai vu que l’allemand, l’espagnol, tout cela était désuet, suranné, dépassé. Il fallait faire une nouvelle découverte.

N. : C’est donc ainsi que tu t’es lancé à corps perdu vers l’inconnu ?
Y.B. : En réalité, avant même de savoir que le chinois serait un jour proposé dans notre école normale, j’avais déjà deux amis chinois qui m’apprenaient certaines choses. Je m’y suis habitué ainsi. Cela a finalement été introduit dans notre système éducatif, notamment à l’école normale, surtout celles situées à l’extrême-nord du pays. J’ai préparé mon concours pendant un an. Un année à grappiller toutes sortes d’informations trouvées sur internet. J’ai composé ainsi et j’ai réussi. A présent, j’entame une nouvelle vie. Il n’y a de cela que huit mois que j’apprends le chinois. Je ne suis pas le meilleur dans mon pays et voilà déjà que je me trouve en Chine. Je tiens à en remercier le seigneur. C’est une grande opportunité qui me permettra peut-être de devenir un jour professeur ou interprète.

N. : En quoi penses-tu que cette expérience t’a changée, si elle t’a changée ?
Y.B. : Naturellement qu’elle m’a changée. Tu sais, c’est la première fois que je voyage. C’est la première fois que je prends un avion. Quand je suis chez moi et que je décide de me rendre au Gabon, j’y vais en voiture. Si je souhaite me rendre au sud, je peux même traverser la frontière à pied. Pour venir en Chine, j’ai pris trois avions. Je suis arrivé à l’aéroport très surpris de voir tous ces Chinois me regarder comme s’ils n’avaient jamais vu un noir. Certains venaient même frotter ma peau comme si j’étais sale. Un peu comme si, en frottant, j’allais pouvoir blanchir.

N. : Ensuite, il y a eu cet autre choc culturel, ta rencontre avec tous ces gens du monde avec qui tu partages ce voyage.
Y.B. : En débarquant ici, j’ai vu ce cosmopolitisme, tout ce melting-pot où j’ai retrouvé mes frères d’Afrique septentrionale, d’Afrique du Nord, les Marocains, les Égyptiens, les Tunisiens, les Algériens, beaucoup de Maghrébins. Puis ceux d’Afrique de l’Ouest, les Béninois, les Kényans. Ou encore ceux, comme moi, d’Afrique centrale. J’ai également rencontré des Européens, des Américains. Tout cela m’a ouvert des portes. C’est quelque chose de savoir comment on dit « bonjour » en russe, « privet », ou en espagnol. Tu sais, pour vivre avec quelqu’un, il faut d’abord l’observer. Si je suis avec un Marocain, il n’a pas la même culture que moi. Il faut savoir que, s’il est musulman, il a peut-être sa prière du matin. Il ne faut donc pas le déranger. Maintenant que j’ai vu comment tous ces gens se comportent, je peux dire que je suis dans le monde. Je suis connecté. Je peux dès à présent rentrer dans mon pays et dire que je suis vraiment du monde, contrairement à ceux qui y sont restés. C’est donc une immense expérience dans ma vie.

N. : Que penses-tu de voir la Chine s’ouvrir ainsi au monde ?
Y.B. : Tu sais, on dit souvent que lorsqu’il y a saturation, il doit y avoir précipitation. Les Chinois sont longtemps restés enfermés dans leur culture, « saturation », il fallait bien qu’un jour ils l’éparpillent, « précipitation ». Quand je marche ici en rue, les chinois m’aperçoivent, me saluent d’un « nǐ hǎo », prennent des photos avec moi. C’est tout simplement extraordinaire. Mon expérience d’une journée passée au sein d’une famille chinoise était édifiante. J’arrive en compagnie d’autres étudiants, je suis le seul noir. Je pensais qu’il y aurait peut-être une certaine stigmatisation, que je me retrouverai isolé, mis à l’écart. Mais j’ai vu qu’au contraire les Chinois semblaient considérer comme un privilège le fait de recevoir un noir chez eux. Je me suis retrouvé à jouer aux cartes, à recevoir des cadeaux, à me balader avec eux. On se rend compte à quel point les Chinois voulaient rencontrer des gens différents. On voit combien ils étaient renfermés sur eux-mêmes. Maintenant, j’ai comme l’impression qu’ils commencent à s’amuser, à réellement s’épanouir.

Quelques explications sur cette vidéo :

Alors que nous devions réaliser un vol intérieur vers Pékin, notre avion s’est retrouvé immobilisé quatre heures à l’aéroport de Changsha sans que nous soyons informé des raisons de cette paralysie. Quatre heures durant lesquelles les rumeurs les plus folles n’ont cessé d’alimenter chez chacun la peur de manquer sa correspondance pour rentrer dans son pays respectif. La cause était finalement la suivante : des pluies torrentielles se sont brutalement abattues sur Pékin, les plus graves que la ville ait connu depuis 61 ans. Le bilan définitif indique qu’elles auraient entraîné la mort de 77 personnes et l’évacuation de 30.000 autres.

中文 (chinois) : 在中国遇见最穷的喀麦隆人

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