Quand c’est la tentation qui succombe

Arrivé aux abords de la caisse du supermarché pour payer, voilà qu’à nouveau, je croisais la route de ce paquet de Maltesers XL. A la seule différence que, cette fois, j’avais la ferme intention de lui régler son compte.

– Qu’as-tu encore ? lui dis-je d’emblée d’un ton acrimonieux, attirant du coup sur moi tous les regards. Cesse donc de me pourrir la vie ! Qui es-tu pour te mettre ainsi en travers de ma route où que j’aille, quoi que je fasse ?

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Autour de moi, une foule s’était amassée. Je sentais le regard de chacun braqué sur le paquet, tous attendant de lui une explication qu’il tardait à donner.

– Cesse ta mascarade ! dis-je en m’écriant plus fort que je ne l’aurais fait si je n’avais bénéficié du soutien populaire. Pourquoi tu t’évertues constamment à jouer la carte de la séduction avec ta robe rouge et tes yeux bruns ? Tu sais quoi ? J’hésitai un instant à poursuivre avant de succomber à l’ivresse du sentiment de toute-puissance. Tu n’es qu’une pute !

A ce moment, un jeune responsable de rayon boutonneux un peu empoté surgit de la réserve et dans un élan plutôt gauche tenta, peut-être contre son envie, de s’interposer.

– Circulez ! hurla-t-il d’une voix qui, à l’étonnement de tous, n’avait pas encore mué.

Cherchant tant bien que mal à dissimuler son badge étudiant sur la poitrine, le jeune homme bouffi se faufila entre les clients pour tenter de subtiliser, d’une main fort maladroite, le paquet de Maltesers XL mais ce dernier ayant été, semble-t-il, préalablement ouvert par un client fragilisé, à peine la main du garçon l’eut-elle effleuré que les billes de chocolat glissèrent hors de leur emballage et se mirent à rouler au sol.

A cet instant précis, et sans que je puisse m’expliquer les raisons d’une telle fureur collective, les clients qui avaient jusqu’alors assisté à la scène dans le plus grand silence se jetèrent brutalement sur les billes pour les broyer sous leurs pieds d’un coup sec. Deux femmes quadragénaires, dont l’une souffrait vraisemblablement d’obésité morbide, tentèrent également de déchiqueter l’emballage avant de se raviser, visiblement découragées par la difficulté à déchirer les zones du paquet ne comportant pas de pointillés.

Impuissant face au déchaînement général, je restai là à assister en simple spectateur à cette scène d’une rare brutalité que j’avais contribué à créer malgré moi. L’espace d’un instant, je cherchai du regard le jeune responsable avant de réaliser que le volet de la réserve par où il avait fait son entrée remarquée était à présent fermé.

Ce n’est que lorsque la clientèle se mis à se disperser que je constatai l’étendue du désastre. Ce paquet de Maltesers XL d’ordinaire si aguicheur n’était à présent plus qu’un amas de poussière brunâtre sans intérêt.

Je sortis du supermarché songeur sans me laisser le moins du monde troubler par les sirènes hurlantes des forces de police qui arrivaient. Trop tard, comme d’habitude.

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